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Ridha Chkoundali plaide pour l’adoption d’une « loi de Finances d’urgence »

today09/06/2026

Arrière-plan

L’universitaire et expert économique Ridha Chkoundali a estimé que l’accélération des mutations économiques mondiales et les répercussions persistantes de la guerre au Moyen-Orient imposent à la Tunisie de repenser sa gestion des finances publiques. Il a plaidé pour l’adoption d’une « loi de finances d’urgence » fondée sur plusieurs scénarios afin de faire face à l’incertitude économique actuelle.

Il a expliqué, au micro de Midi Express, ce mardi 9 juin 2026, que le budget de l’État pour 2026, estimé à 79,6 milliards de dinars, repose sur des hypothèses qui lui paraissent aujourd’hui éloignées de la réalité. La première concerne un taux de croissance économique de 3,3 %, qu’il juge particulièrement optimiste au regard de la conjoncture actuelle.

L’économiste a rappelé que les dernières prévisions du Fonds monétaire international (FMI) tablent sur une croissance ne dépassant pas 2,1 % dans le meilleur des cas, à condition que les prix du pétrole restent inférieurs à 90 dollars le baril.

Selon lui, une aggravation du conflit au Moyen-Orient pourrait faire chuter la croissance économique tunisienne à 0,5 %, ce qui aurait des répercussions directes sur les recettes fiscales de l’État, estimées à 47,8 milliards de dinars dans la Loi de finances 2026. Il considère que l’atteinte de cet objectif de recettes devient de plus en plus difficile dans un contexte de ralentissement de l’activité économique.

Concernant la deuxième hypothèse retenue dans le budget, à savoir un prix de référence du pétrole fixé à 63,3 dollars le baril, Chkoundali a affirmé que cette estimation ne reflète plus les réalités du marché, alors que plusieurs prévisions évoquent désormais un cours supérieur à 100 dollars le baril.

L’expert a souligné que chaque dollar supplémentaire au-dessus du prix de référence représente un coût additionnel d’environ 160 millions de dinars pour les finances publiques. Il a ainsi averti que la Tunisie pourrait faire face à un manque à gagner et à des dépenses supplémentaires pouvant atteindre 8 milliards de dinars, notamment en raison de l’augmentation des charges de compensation liées à la hausse des prix de l’énergie.

Chkoundali estime par ailleurs qu’un recours à une loi de finances rectificative classique pourrait ne pas suffire, en raison de l’absence de visibilité sur l’évolution de la situation internationale. Il propose à la place une loi de finances d’urgence articulée autour de trois scénarios différents selon l’évolution des prix mondiaux du pétrole, afin d’offrir davantage de flexibilité dans la gestion budgétaire de l’État.

Et de souligner que le recours exclusif aux instruments de politique monétaire, tels que la hausse des taux d’intérêt, ne suffirait pas à contenir les tensions inflationnistes actuelles. Selon lui, cette approche risque même de freiner l’investissement et la production. Il a ainsi appelé à la mise en œuvre de politiques économiques plus globales, adaptées aux spécificités de la conjoncture tunisienne et aux défis de l’économie mondiale.

Écrit par: Meher Kacem



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