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Express Radio Le programme encours
today08/06/2026
L’enseignant-chercheur en démographie, Mohamed Ali Ben Zina, a affirmé que les données publiées par l’Institut national de la statistique (INS) pour la période 2024-2054 constituent une référence stratégique pour comprendre l’avenir démographique de la Tunisie et un outil essentiel pour l’élaboration des politiques publiques au cours des prochaines décennies.
Il a expliqué, au micro d’Expresso, ce lundi 8 juin 2026, que ces données, publiées à la suite des résultats du Recensement général de la population et de l’habitat de 2024, ne se limitent pas à fournir des projections démographiques. Elles permettent également aux autorités publiques d’anticiper les mutations démographiques et de s’adapter à leurs répercussions économiques et sociales.
Il a souligné que la Tunisie connaît une accélération du phénomène du vieillissement de la population. La part des personnes âgées de plus de 60 ans a atteint 16,9 % de la population totale en 2024, et devrait s’élever à 19,9 % à l’horizon 2030, avant de poursuivre sa progression dans les années suivantes.
Selon lui, cette évolution s’explique par la baisse de la fécondité et l’amélioration de l’espérance de vie à la naissance. Il a précisé que plus de 77 % des décès enregistrés en 2024 concernaient des personnes âgées de plus de 60 ans, reflétant ainsi les progrès réalisés en matière de santé publique.
Ben Zina a également indiqué que la Tunisie affiche aujourd’hui l’un des taux de fécondité les plus faibles du monde arabe et du continent africain. L’indice de fécondité est ainsi passé de 1,58 enfant par femme en 2023 à 1,54 enfant par femme en 2024.
L’expert a mis en garde contre la poursuite du ralentissement de la croissance démographique. Le taux annuel moyen de croissance de la population s’est établi à 0,87 % sur la période 2014-2024, avant de reculer à 0,45 % en 2023, l’un des niveaux les plus bas enregistrés dans l’histoire contemporaine du pays.
Il a rappelé que cet indicateur est étroitement lié aux performances économiques, en raison de son impact sur le marché du travail, les systèmes de protection sociale et les services publics.
D’après les projections de l’INS, la population tunisienne ne connaîtra pas d’augmentation significative au cours des prochaines décennies. Le nombre d’habitants devrait passer d’environ 12 millions en 2024 à seulement 12,16 millions dans cinq ans, avant d’atteindre près de 13,3 millions d’habitants en 2054.
Ben Zina a relevé qu’autrefois la Tunisie gagnait près d’un million d’habitants tous les dix ans, alors qu’une augmentation similaire nécessiterait désormais près de trente ans, illustrant ainsi la profonde transformation de la dynamique démographique nationale.
Il a insisté sur les conséquences directes de ces évolutions pour les caisses de retraite, le système tunisien reposant sur la solidarité intergénérationnelle, où les actifs financent les pensions des retraités. Le vieillissement démographique exercera également une pression croissante sur le système de santé, en raison de l’augmentation des besoins en soins pour les personnes âgées, ainsi que sur le système éducatif, avec l’évolution du poids des jeunes générations.
L’expert a par ailleurs indiqué que 16,9 % de la population est âgée de plus de 60 ans, contre environ 25 % de moins de 15 ans, ce qui traduit un rapprochement progressif entre les différentes générations et pose des défis en matière d’équilibre démographique et de durabilité des systèmes de protection sociale.
Il a également souligné que 75 % des ménages tunisiens résident dans les villes et les zones côtières, tandis que 72 % de la population vit en milieu urbain, faisant de la Tunisie l’un des pays les plus urbanisés du continent africain. Cette situation, selon lui, renforce la nécessité de mettre en œuvre des politiques de développement régional plus équilibrées.
Et d’estimer que les indicateurs démographiques ne sont plus de simples statistiques, mais de véritables outils stratégiques permettant de comprendre les mutations de la société tunisienne. Il a appelé à intégrer pleinement la dimension démographique dans la planification publique afin de garantir un développement durable capable de répondre aux défis futurs.
Écrit par: Meher Kacem