play_arrow
Express Radio Le programme encours
today04/05/2026
Le professeur de droit du travail et ancien ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Hafedh Amouri, a expliqué que les récentes augmentations salariales, étalées sur trois ans, ne constituent plus seulement un choix technique, mais relèvent désormais d’une orientation stratégique visant à garantir la stabilité sociale, en limitant les tensions et les revendications annuelles répétées d’augmentation des salaires.
Il a indiqué, au micro d’Expresso, ce lundi 4 mai 2026, que cette formule, convenue entre le gouvernement et les partenaires sociaux, offre une meilleure visibilité tant aux entreprises qu’aux salariés.
Il a précisé que les augmentations dans la fonction publique et le secteur public sont supérieures à celles accordées lors de la précédente période triennale, avec une tendance à réduire les écarts entre les différentes catégories, ce qui reflète une dimension sociale dans la répartition des hausses. Dans le secteur privé, en revanche, il s’agit d’une augmentation uniforme de 5 % au profit des salariés soumis aux conventions collectives, un taux tenant compte des spécificités du tissu économique, notamment des petites et moyennes entreprises.
Amouri a également évoqué la hausse progressive du salaire minimum garanti, qui devrait dépasser 600 dinars à l’horizon 2028, une évolution inédite du SMIG en Tunisie selon ses propos.
Il a précisé que les augmentations annoncées sont calculées sur la base du salaire brut, ce qui signifie qu’elles sont soumises aux retenues fiscales et sociales. Par conséquent, l’impact réel sur le revenu net des salariés sera inférieur : une augmentation de 120 dinars pourrait ainsi être réduite à environ 70 à 80 dinars après déductions.
Il a aussi indiqué que ces augmentations concernent les retraités, étant calculées selon les taux de pension : dans le secteur public, elles sont liées au taux de retraite, tandis que dans le secteur privé, elles dépendent de l’évolution du salaire minimum.
Par ailleurs, il a révélé une mesure importante consistant en une réduction progressive de l’assiette de calcul de l’impôt sur les pensions de retraite à partir de 2027, ce qui devrait améliorer le revenu net des retraités à moyen terme.
Amouri a souligné que l’application de ces augmentations est obligatoire pour toutes les entreprises à partir du 1er janvier 2026, sous le contrôle de l’inspection du travail, précisant que les entreprises ayant déjà accordé des augmentations anticipées devront régulariser leur situation conformément aux taux fixés.
Il a toutefois mis en garde contre d’éventuelles répercussions sur les prix, notamment pour les entreprises opérant sur le marché local, qui pourraient répercuter le coût des augmentations sur les consommateurs. En revanche, les entreprises exportatrices restent contraintes par la concurrence internationale, ce qui limite leur capacité à augmenter leurs prix.
Il a insisté sur le fait que le succès de ces augmentations ne dépend pas uniquement de leur valeur financière, mais aussi de leur accompagnement par des réformes structurelles, notamment en matière de maîtrise des prix et d’amélioration de la qualité des services publics (santé, transport, éducation), considérant que ces éléments font partie intégrante du pouvoir d’achat réel des citoyens.
Et de conclure en affirmant que les augmentations salariales pour la période 2026–2028 constituent une étape importante vers le renforcement de la stabilité sociale et l’amélioration des revenus, mais que leur efficacité reste tributaire de l’équilibre entre salaires et prix.
Écrit par: Meher Kacem