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Express Radio Le programme encours
today10/02/2026
Le professeur de sociologie à l’université tunisienne, Mohamed Jouili, a mis en garde contre la montée du phénomène de la violence au sein des établissements scolaires, estimant que l’école tunisienne ne joue plus son rôle traditionnel dans la construction de la personnalité et des valeurs. Elle est devenue, dans certains cas, un espace qui reproduit la violence au lieu de la contenir, en raison des profondes transformations sociales qu’a connues la société tunisienne au cours des dernières années.
Il a souligné, au micro d’Expresso, ce mardi 10 février 2026, que la violence n’est pas un phénomène nouveau, mais qu’elle fait partie de la nature humaine. Toutefois, les sociétés ont historiquement œuvré à la limiter à travers les systèmes de valeurs, l’éthique et les institutions éducatives, religieuses et culturelles. Or, selon lui, ce système a connu un net recul, réduisant considérablement la distance entre un simple conflit et un crime grave par rapport au passé.
Il a expliqué qu’une grande partie de la violence scolaire est liée à l’environnement familial et social, rappelant que des études nationales ont montré que 8 enfants sur 10 en Tunisie sont exposés à différentes formes de violence au sein du cadre familial — physique, morale ou symbolique. L’école accueille ainsi des élèves porteurs de ces traumatismes, avant de devenir à son tour un espace qui les reproduit.
Le professeur de sociologie a ajouté que la violence ne se limite plus à ses formes traditionnelles, mais que ses contenus et ses moyens ont évolué avec les transformations sociales et culturelles, notamment avec la généralisation des réseaux sociaux et la culture du spectacle et de l’imitation, contribuant à la banalisation des comportements violents chez une partie des jeunes.
Jouili a également souligné que la relation à l’école a profondément changé : elle n’est plus perçue comme une institution éducative dotée d’une autorité et d’une valeur symbolique, mais comme une simple institution de services chargée uniquement de fournir des connaissances et des diplômes. Il a précisé que l’école tunisienne repose encore essentiellement sur la transmission des savoirs et l’obtention de certificats, au détriment des dimensions éducatives fondamentales telles que le développement de l’autonomie, le travail collectif, l’expression de soi et l’ouverture sur l’environnement social et écologique.
Selon lui, la réduction de l’école à un simple « bourrage cognitif » lui a fait perdre sa capacité à accueillir les élèves sur les plans psychologique et social, créant un environnement répulsif et peu attractif, ce qui a favorisé des sentiments de rejet et de frustration chez les élèves, mais aussi chez les enseignants.
Jouili a insisté sur le fait que la lutte contre la violence scolaire ne peut se limiter à une approche sécuritaire ou répressive, mais nécessite un traitement culturel, éducatif et social en profondeur, qui commence au sein de la famille et ne s’arrête pas à l’école. Il a appelé à revaloriser le rôle éducatif global de l’institution scolaire, à travers la création d’espaces sûrs pour l’expression et le dialogue, la formation des enseignants à la gestion des conflits, le renforcement de l’accompagnement psychologique et social des élèves, ainsi que l’instauration d’un véritable partenariat entre l’école, la famille et la société civile.
Et de conclure en soulignant que la violence scolaire est le reflet des transformations de la société et ne peut être dissociée du contexte général, affirmant que la construction d’une école attractive et sécurisée passe nécessairement par la reconstruction d’un système de valeurs communes et par l’ancrage d’une culture de respect, d’appartenance et de dialogue, plutôt que d’exclusion et de tension.
Écrit par: Meher Kacem