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Express Radio Le programme encours
today23/12/2025
Le président de la Fédération tunisienne du textile et de l’habillement, Haythem Bouajila, a affirmé que le secteur du textile a réussi à résister et à préserver ses performances au cours des trois dernières années, malgré un contexte économique difficile et les fluctuations géopolitiques mondiales, soulignant que ce secteur a démontré sa capacité de résilience et de pérennité.
Bouajila a expliqué au micro d’Expresso, ce mardi 23 décembre 2025, que le secteur du textile et de l’habillement est essentiellement tourné vers l’exportation, avec un taux d’entreprises totalement exportatrices compris entre 85 % et 88 %, reposant sur une forte valeur ajoutée, dans le cadre d’une stratégie axée sur la croissance, la conquête de nouveaux marchés et l’adoption des technologies modernes.
En revanche, Haythem Bouajila a mis en garde contre des facteurs qu’il a qualifiés de « secondaires », mais qui menacent l’existence des entreprises et des milliers d’emplois, freinent le rythme des exportations et ne touchent pas les entreprises concurrentes dans d’autres pays. Il s’agit notamment des autorisations administratives, des certificats de prévention, des entraves à la création de nouvelles entreprises et du manque de digitalisation, soulignant que le secteur industriel demeure prisonnier d’un cadre législatif et réglementaire ancien qui régit encore la vie des entreprises.
Il a également évoqué le coût élevé du financement en Tunisie par rapport à des pays voisins comme le Maroc et l’Égypte, exprimant son étonnement face à la non-ratification, à ce jour, de la convention des règles d’origine euro-méditerranéennes, laquelle prévoit des exonérations douanières et offre des avantages majeurs aux industries tunisiennes.
Il a précisé que l’absence de ratification de cette convention entraînera l’assujettissement des exportations tunisiennes, y compris les produits textiles, à des droits de douane de 12 % à partir de janvier 2026, en raison de l’absence de certificats d’origine, ce qui réduira la marge bénéficiaire à moins de 10 %.
Bouajila a indiqué que ce dossier est actuellement soumis au ministère du Commerce et nécessite l’approbation du gouvernement ainsi que de l’Assemblée des représentants du peuple, avertissant que cette charge supplémentaire portera atteinte à la compétitivité du secteur et nuira au climat de confiance avec les partenaires étrangers.
Il a par ailleurs exprimé ses craintes quant aux pertes potentielles que pourrait subir le secteur du textile en raison du retard dans la ratification de cette convention, précisant que la Fédération a contacté l’autorité de tutelle sans obtenir de réponse à ce jour.
S’agissant des défis, Bouajila a souligné que le secteur fait face à de grandes difficultés, notamment le coût élevé de la production, le prix élevé de l’énergie par rapport aux pays voisins, ainsi que la nécessité d’investir dans le recyclage de l’eau, la rationalisation de sa consommation, la transition vers les énergies propres et l’adoption de l’économie circulaire.
Il a ajouté que, malgré les entraves administratives, la complexité des législations et les difficultés d’obtention des autorisations, plus de 175 entreprises industrielles du secteur sont aujourd’hui raccordées à l’énergie solaire, en plus de dizaines d’entreprises ayant investi dans des stations de recyclage des eaux répondant aux normes techniques internationales les plus élevées, moyennant des investissements considérables.
Il a également évoqué d’autres défis, notamment la concurrence mondiale, l’instabilité et le niveau élevé de la fiscalité en Tunisie, le nouveau Code du travail, les chaînes de valeur, ainsi que les droits de douane américains.
Sur le plan interne, le président de la Fédération a souligné des problématiques liées à la formation continue pour s’adapter aux nouvelles technologies, l’absence de transport public vers les grandes zones industrielles, les difficultés d’obtention du certificat de protection civile et du certificat de classement délivré par l’administration de la sécurité, ainsi qu’un cadre juridique qu’il a qualifié de parmi les plus contraignants au monde pour les entreprises industrielles. Il a également dénoncé la pression des contrôles exercée sur les entreprises structurées, parallèlement à l’expansion du secteur informel, créant ainsi une situation de manque d’équité.
Bouajila a estimé que le climat des affaires en Tunisie demeure difficile, appelant à davantage de fermeté et de justice dans la lutte contre le secteur non organisé, tout en réaffirmant la disponibilité de l’industrie nationale à assumer ses responsabilités en matière d’emploi et de renforcement de la valeur ajoutée à l’exportation.
Il a révélé que le secteur du textile, grâce à son réseau de partenaires et aux chaînes de valeur couvrant toutes les étapes de production, a réalisé des exportations d’une valeur de 3 milliards d’euros, soit environ 10 milliards de dinars, au cours des années 2023, 2024 et 2025, en plus d’échanges internes estimés à 4,5 milliards de dinars.
Il a précisé que l’activité textile ne se limite plus à la mode et à l’habillement, mais s’est étendue à plusieurs domaines, notamment les vêtements techniques, le textile médical et paramédical, les uniformes, le textile technique destiné aux industries automobile, aéronautique et du bâtiment, ainsi que le textile à usage domestique, entre autres.
Il a enfin souligné l’importance de l’industrie du jean en Tunisie, qui fournit environ 45 000 emplois et constitue l’un des segments les plus performants en termes de qualité et de compétitivité.
Écrit par: Meher Kacem