play_arrow
Express Radio Le programme encours
La Tunisie a enregistré 26 féminicides en 2024, portant le nombre total de victimes à 30, certaines affaires ayant concerné plusieurs victimes, selon le rapport annuel sur les victimes de féminicides publié en Tunisie.
La majorité des crimes ont été commis contre des épouses. Quatre affaires ont également concerné la mère de l’épouse, en plus de l’épouse elle-même, et un cas a impliqué la fille de la victime en plus de l’épouse.
Les meurtres se répartissent comme suit : 10 femmes tuées par leurs maris, 2 par leurs pères, 4 par des beaux-frères, 3 par leurs propres enfants, 1 par un partenaire intime, 2 par des ex-maris, et 5 cas dont l’auteur est inconnu. Les méthodes utilisées varient entre coups de couteau, égorgement, strangulation, etc.
Dans une déclaration à Express FM, Ahmed Mkaddem, chercheur en droit pénal et sciences criminelles, chargé de la cellule de recherche de l’association Aswat Nissa (Les voix des femmes), a affirmé que l’association a analysé les 26 crimes recensés, en étudiant l’âge des victimes et des auteurs, le lieu du crime et le lien entre les deux parties. Il en ressort que ces féminicides sont souvent précédés par des violences continues qui finissent par l’acte de meurtre.
Il a ajouté, lors d’une conférence de presse régionale organisée mercredi 14 mai 2025, incluant les expériences de la Tunisie, du Maroc et de la Jordanie, que les unités spécialisées ne prennent pas toujours les plaintes de violence au sérieux, ce qui aboutit souvent à des drames.
Il a souligné que la signature par l’agresseur d’un engagement à ne plus approcher la victime est insuffisante, appelant à l’application effective de la loi n°58 relative à l’élimination des violences faites aux femmes, notamment à travers l’émission d’ordonnances de protection par les juges de la famille.
Ahmed Mkaddem a également rappelé que les féminicides ne sont pas spécifiques aux pays arabes : 85 000 femmes sont tuées chaque année dans le monde, soit une femme toutes les 10 minutes.
Il a insisté sur l’importance de mettre en lumière ce phénomène et de l’aborder avec une approche multidimensionnelle, d’autant plus qu’aucun texte juridique ne reconnaît encore le féminicide comme un crime distinct en Tunisie.
Selon le rapport d’Aswat Nissa, les armes utilisées dans les crimes sont principalement le couteau (dans 13 cas), suivi par la hache, le marteau, un bloc de pierre, la strangulation à mains nues, des véhicules pour écraser la victime, et des câbles électriques. Dans 4 cas, le mode de mise à mort n’a pas pu être déterminé.
La tranche d’âge la plus touchée est celle des 26 à 35 ans, représentant 28 % des victimes. Le nombre total de femmes tuées âgées de plus de 35 ans dépasse également celui des victimes plus jeunes.
Les meurtres ont eu lieu dans 16 gouvernorats tunisiens, dont 64 % dans le Grand Tunis. Tunis-ville a recensé 8 crimes, suivie par Ariana (6), une à Ben Arous et une à La Manouba. Les autres gouvernorats concernés sont : Sousse (2), Mahdia, Sidi Bouzid, Jendouba, Gafsa, Kasserine, Kairouan, Nabeul, Sfax, Médenine, Tataouine et Bizerte.
Aswat Nissa recommande l’adoption d’un plan national de prévention des féminicides, la reconnaissance du féminicide comme crime autonome, un inventaire des systèmes de protection des victimes pour les évaluer et les améliorer, et un renforcement de la lutte contre les violences faites aux femmes à travers des mesures concrètes de prévention, de protection et de poursuite judiciaire, conformément à la loi n°58 de 2017, pour réduire le nombre de victimes.
Écrit par: Meher Kacem