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Express Radio Le programme encours
today05/06/2026
L’expert en systèmes de protection sociale, Badr Smaoui, a indiqué que les récentes augmentations des salaires et des pensions pour l’année 2026 ont provoqué une vague inédite de questions de la part des citoyens, notamment parmi les retraités et les bénéficiaires de faibles pensions, dans un contexte marqué par la forte hausse des prix et l’érosion du pouvoir d’achat.
Il a expliqué, au micro d’Expresso, ce vendredi 5 juin 2026, que la particularité des augmentations de 2026 réside dans leur application simultanée à l’ensemble des secteurs, contrairement aux années précédentes où elles étaient mises en œuvre de manière échelonnée. Cette situation a contribué à multiplier les demandes d’explications et les contestations.
Smaoui a précisé que les principales interrogations proviennent des bénéficiaires de faibles pensions dont les revenus ont été ajustés en tenant compte des aides accordées aux familles démunies. Une partie de ces pensions étant financée directement par l’État, une augmentation de 5 % appliquée à la pension de base s’accompagne souvent d’une réduction de la contribution de l’État, ce qui fait que le bénéficiaire perçoit pratiquement le même montant sans constater d’amélioration réelle.
Selon Smaoui, cette explication peut être juridiquement cohérente, mais elle ne répond pas au problème social posé par la faiblesse des revenus. Il a ainsi appelé à réfléchir à de nouveaux mécanismes permettant à ces catégories de profiter effectivement des augmentations décidées.
Il a également souligné que les dates d’application des augmentations varient selon les régimes sociaux. Les retraités affiliés à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) ont bénéficié de la hausse dès janvier 2026 avec le versement des rappels. En revanche, certains régimes concernant les travailleurs indépendants, les artistes et les créateurs appliquent l’augmentation à partir d’avril 2026. Quant à certaines catégories à faibles revenus, telles que les petits artisans, les agriculteurs et les employés de maison, elles ne bénéficieront de la nouvelle hausse qu’à partir de 2027, conformément aux textes législatifs régissant ces régimes.
L’expert a également mis en lumière plusieurs lacunes juridiques qui persistent depuis des décennies. Il a notamment évoqué la situation des Tunisiens résidant à l’étranger affiliés volontairement au système de sécurité sociale. La législation adoptée en 1989 prévoit une révision de leurs pensions en fonction de l’évolution du niveau de vie, mais le décret d’application nécessaire n’a toujours pas été publié, plus de 37 ans après.
Il a également cité une situation similaire concernant les victimes d’accidents du travail et de maladies professionnelles dans le secteur public. La loi de 1995 prévoit une révision des pensions en fonction de l’évolution du salaire minimum garanti, mais le texte réglementaire permettant son application n’a jamais été adopté.
Smaoui a rappelé que les augmentations ne concernent pas uniquement les retraités, mais également l’ensemble des bénéficiaires de pensions, notamment les veuves, les orphelins, les personnes en situation d’invalidité ainsi que les victimes d’accidents du travail et de maladies professionnelles, selon les conditions propres à chaque régime.
L’expert estime que le véritable problème ne réside pas seulement dans le taux d’augmentation fixé à 5 %, mais surtout dans l’accélération de l’inflation et la hausse des prix des produits de base, qui limitent fortement l’impact réel de ces augmentations sur le pouvoir d’achat. Il a plaidé pour une plus grande justice sociale à travers l’octroi d’augmentations plus importantes aux personnes à faibles revenus et aux bénéficiaires de petites pensions afin de réduire les inégalités et d’améliorer les conditions de vie des catégories les plus vulnérables.
Et d’évoquer la situation des affiliés au régime complémentaire de pensions de la CNSS. Selon lui, ces derniers n’ont bénéficié d’aucune revalorisation récente malgré leurs cotisations continues, en raison de l’absence d’actualisation de la valeur du point servant au calcul des pensions complémentaires depuis 2019. Il a appelé à une révision urgente de ce dossier afin de préserver les droits des affiliés et la valeur réelle de leurs contributions dans un contexte de hausse du coût de la vie.
Écrit par: Meher Kacem
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