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Qui régulera l’IA ? Cap sur le Sommet mondial de Genève en 2027 pour éviter le chaos

today19/06/2026

Arrière-plan

L’intelligence artificielle (IA) n’est plus seulement une révolution technologique ou un levier de productivité pour nos économies ; elle est devenue l’épicentre d’une guerre froide réglementaire. Alors que les algorithmes s’immiscent dans la finance, la santé et la sécurité des États, une question cruciale brûle les lèvres des dirigeants : qui va dicter les règles du jeu mondiales ?

Jusqu’ici, le paysage s’est fracturé en blocs idéologiques et économiques majeurs, chacun tentant d’imposer sa propre vision du monde. Mais face à ce désordre, une force multilatérale tente de s’imposer pour harmoniser le terrain : l’Organisation des Nations Unies (ONU).

Le choc des trois titans : Trois visions irréconciliables

Aujourd’hui, plus de 80 pays développent leurs propres lois ou stratégies nationales sur l’IA. Au cœur de cette cacophonie, trois modèles majeurs s’affrontent :

  • L’Union Européenne (Le gendarme de la précaution) : Avec son EU AI Act, Bruxelles a dégainé la première. Son approche est stricte et contraignante : les IA sont classées par niveau de risque. Les systèmes jugés « à haut risque » doivent se soumettre à des audits drastiques sous peine d’amendes colossales (jusqu’à 7% du chiffre d’affaires mondial). L’Europe fait le pari que sa puissance de marché obligera la Silicon Valley à s’aligner.
  • Les États-Unis (L’innovation et la sécurité nationale d’abord) : À Washington, la philosophie privilégie le pragmatisme commercial et la défense des infrastructures critiques. Pas de lois paralysantes pour les start-ups, mais des partenariats volontaires avec les géants de la Tech. L’objectif est clair : réguler juste assez pour éviter les dérives, sans jamais brider les champions américains (OpenAI, Google, Microsoft) face à la concurrence.
  • La Chine (Le contrôle d’État absolu) : Pékin dispose de l’arsenal le plus ciblé. L’objectif n’est pas de protéger les données des citoyens face à l’État, mais de s’assurer que les modèles d’IA générative respectent strictement « les valeurs socialistes fondamentales ». Une régulation verticale où l’innovation doit impérativement servir la stabilité du régime.

Des sommets exclusifs qui tournent à vide

Pour tenter de rapprocher ces visions, les initiatives internationales se sont multipliées à un rythme effréné : le sommet de Bletchley Park (2023) centré sur la sécurité, celui de Séoul (2024), le virage commercial de Paris (2025) axé sur le déploiement des affaires et le financement, ou encore New Delhi (début 2026) pour intégrer les voix émergentes.

Le problème ? Bien que ces sommets réussissent à capter l’attention politique et à mobiliser des fonds, ils restent des clubs restreints de superpuissances et de géants de la Tech. Ils peinent à traduire leurs promesses en politiques concrètes, durables et surtout universelles.

L’ONU entre dans la danse : De New York à l’horizon Genève 2027

C’est précisément pour briser ce triopole (USA-UE-Chine) et éviter une fragmentation réglementaire sauvage que l’ONU passe à l’offensive. Dès cet été, articulant le pilotage politique depuis son siège de New York et l’expertise technique de ses agences à Genève (comme l’UIT et l’OMPI), l’organisation lancera officiellement son Dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA, issu du Pacte numérique mondial (Global Digital Compact). Ce dialogue s’appuiera sur une nouvelle institution stratégique : le Groupe scientifique international indépendant sur l’IA.

Toutefois, le véritable point d’orgue de cette offensive multilatérale est déjà fixé : Genève accueillera l’AI World Summit (le Sommet mondial de l’IA) en 2027. Ce rendez-vous s’annonce comme le moment de vérité où la communauté internationale devra s’accorder sur un cadre unifié.

Pour le « Sud Global » — les pays émergents et en développement —, ce calendrier est une chance historique. Échaudés par d’autres structures internationales (comme les règles fiscales de l’OCDE ou la gestion de la dette par les créanciers), ces pays redoutent une forme de colonisation numérique : devoir importer et subir des technologies configurées selon des valeurs et des intérêts économiques qu’ils n’ont pas aidé à concevoir.

Les discussions de l’AI World Summit en 2027 alimenteront directement la révision globale de l’ONU prévue entre octobre 2027 et août 2028. Cette étape cruciale pourrait marquer le lancement officiel d’un traité international juridiquement contraignant sur l’IA.

Le défi géopolitique : L’ONU face aux empires privés et aux nouvelles puissances

C’est ici que surgit la véritable interrogation de cette ambition multilatérale : comment un futur traité de l’ONU peut-il s’appliquer concrètement face à des superpuissances privées plus riches que la majorité des États ? Les capitalisations boursières des géants de la Tech se chiffrent en milliers de milliards de dollars, dépassant largement les PIB cumulés de dizaines de nations.

Si la dynamique initiée vers Genève 2027 échoue, le risque majeur est une fragmentation normative incontrôlable. Le match ne se joue plus seulement entre le trio USA-UE-Chine. De nouveaux acteurs régionaux et influenceurs majeurs, à l’instar de New Delhi, Brasilia ou Jakarta, bousculent le jeu pour imposer leurs propres infrastructures et règles dans leurs sphères d’influence respectives. Avec plus de 80 pays qui font déjà cavalier seul avec leurs propres lois, l’absence d’un mécanisme de coordination central augmente le risque de préjudices transfrontaliers majeurs et d’une totale opacité des algorithmes.

Le verdict économique pour les entreprises

Pour les chefs d’entreprise et les investisseurs, en Tunisie comme à l’international, cette bataille de normes reste un véritable casse-tête. Devoir adapter un même outil technologique aux exigences de l’Europe, aux restrictions de la Chine et à la flexibilité américaine représente un coût financier et opérationnel colossal.

L’offensive de l’ONU n’est pas une simple démarche bureaucratique de plus dans l’agenda multilatéral. C’est un test grandeur nature pour le système international. Si le rendez-vous de Genève en 2027 réussit, il posera les bases d’un marché mondial prévisible, inclusif et unifié. S’il échoue, la gouvernance de l’IA continuera de se fracturer selon des lignes géopolitiques strictes.

La question ne sera alors plus de savoir si l’intelligence artificielle doit être régulée, mais qui la régulera, et quels intérêts financiers ou politiques ces règles serviront réellement. Une affaire que la rédaction d’Express FM continuera de suivre de très près.

Nada MANSOUR

Écrit par: Meher Kacem



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