A la une

Mohamed Taher Nabi : nous sommes déçus des mesures annoncées au conseil ministériel restreint consacré à la saison agricole

today25/05/2026

Arrière-plan

Mohamed Taher Nabi, président du groupement professionnel de l’agriculture relevant de l’organisation CONECT, a expliqué que la participation récente du groupement à une séance d’audition devant la Commission de l’agriculture du Parlement s’inscrit dans une approche prospective visant à diagnostiquer les véritables problématiques dont souffrent les filières agricoles et à élaborer de nouvelles législations capables de réformer le secteur.

Nabi a indiqué, au micro d’Expresso, ce lundi 25 mai 2026, que les discussions ont principalement porté sur quatre filières majeures : les grandes cultures, les viandes rouges, les produits laitiers et l’huile d’olive, en raison de leur lien direct avec la sécurité alimentaire.

Les viandes rouges

Dans ce contexte, il a affirmé que le secteur des viandes rouges traverse une véritable crise structurelle, marquée notamment par la forte diminution du cheptel national en raison de la multiplication des vols de bétail et de l’absence de lois dissuasives protégeant les agriculteurs.

Il a également évoqué le problème de la fermeture des abattoirs municipaux sans mise en place d’alternatives organisées, ce qui a favorisé la propagation de l’abattage anarchique, en particulier celui des femelles, affectant négativement la reconstitution du cheptel et provoquant une baisse notable du nombre de moutons destinés à l’Aïd.

Nabi a aussi souligné le manque d’organisation et de contrôle dans les marchés aux bestiaux, ce qui pousse de nombreux éleveurs à éviter la vente directe et à recourir aux intermédiaires, contribuant ainsi à la hausse des prix et à la perte d’équilibre entre producteurs et consommateurs.

Filière laitière

Concernant la filière laitière, Nabi a estimé que le secteur connaît un recul dangereux, notamment à cause de la contrebande des vaches et de la diminution du cheptel, ce qui a conduit à la crise de pénurie de lait que connaît actuellement le pays.

Il a appelé à l’application de la loi sur la reconstitution du cheptel bovin, intégrée dans les lois de finances de 2025 et 2026 mais toujours non appliquée à ce jour, considérant que ce retard menace l’avenir de toute la filière.

Il a également insisté sur la nécessité de développer la filière des aliments pour bétail et de s’orienter vers l’utilisation des eaux traitées pour la production de fourrages grossiers, afin de réduire les importations et les coûts de production, notamment dans le contexte des changements climatiques et de la rareté des ressources hydriques.

Grandes cultures

Au sujet des grandes cultures, le président du groupement professionnel de l’agriculture a indiqué que les professionnels attendaient la publication des décrets d’application relatifs à l’importation des moissonneuses-batteuses d’occasion, prévue dans la loi de finances. Selon lui, cette mesure aurait permis de renouveler un parc de machines vieillissant, dont l’âge moyen dépasse 30 ans, et qui entraîne des pertes de récolte pouvant atteindre 20 %.

Il a également souligné l’importance de renforcer le contrôle des centres de collecte des céréales et de garantir leur préparation avant le début de la saison des récoltes, afin d’éviter les encombrements et les perturbations dans les opérations de collecte.

Filière de l’huile d’olive

Concernant la filière de l’huile d’olive, Nabi a appelé à encourager la consommation locale d’huile d’olive au lieu de continuer à subventionner les huiles végétales importées. Il estime qu’il serait plus judicieux d’orienter les aides vers le produit national, d’autant plus que la Tunisie enregistre une production croissante d’huile d’olive année après année.

Il a également insisté sur la nécessité de développer les capacités de stockage et d’améliorer les méthodes de conservation de l’huile afin d’accompagner l’évolution de la production et de renforcer la valeur ajoutée du secteur.

Déception

Mohamed Taher Nabi a par ailleurs exprimé sa déception face aux mesures annoncées récemment lors du conseil ministériel restreint consacré à la saison agricole, estimant que les décisions prises ne comportaient pas de mesures concrètes ou réellement incitatives, notamment concernant les prix des céréales ou la disponibilité des intrants agricoles dans les délais appropriés.

Il a critiqué le maintien du système d’évaluation de la qualité des céréales malgré l’absence d’engrais en quantités suffisantes et dans les délais nécessaires, considérant qu’il est injuste de faire porter aux agriculteurs la responsabilité de la baisse de qualité dans un contexte marqué par le manque d’intrants.

Et d’affirmer que la réforme du secteur agricole ne peut se limiter aux importations ou aux solutions temporaires, mais nécessite une réforme structurelle globale englobant la législation, l’organisation des marchés, la protection des agriculteurs et le développement des infrastructures, afin de garantir la durabilité des filières agricoles et la sécurité alimentaire nationale.

Écrit par: Meher Kacem



Podcasts

Logo Express FM