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Express Radio Le programme encours
today02/06/2026
Raja Mazah, directrice du bureau tunisien de l’Institut de La Haye pour l’innovation juridique, a affirmé que les très petites entreprises et les PME tunisiennes continuent de faire face à des difficultés juridiques récurrentes qui entravent leur activité et limitent leur capacité de croissance. Elle a appelé à l’adoption d’une nouvelle approche fondée sur la simplification des procédures, le renforcement de la culture juridique et l’amélioration de l’accès à l’information et aux services juridiques.
Mazah a présenté, au micro d’Expresso, ce mardi 2 juin 2026, les principaux résultats d’une étude de terrain réalisée par l’Institut, intitulée « Les besoins juridiques et le degré de satisfaction des TPME et PME en Tunisie ». L’enquête a concerné plus de 2 000 entreprises réparties sur l’ensemble du territoire tunisien.
Mazah a précisé que l’étude reposait sur un échantillon de 2012 représentants d’entreprises, dont la moitié exerce dans le secteur formel et l’autre moitié dans le secteur informel, permettant ainsi une comparaison approfondie entre les deux catégories.
Selon les résultats présentés par l’invitée de l’émission Expresso, plus de 50 % des entreprises interrogées ont été confrontées à au moins un problème juridique au cours des douze derniers mois. Cette proportion est encore plus élevée parmi les entreprises non enregistrées officiellement.
Elle a également révélé que nombre de ces problèmes surviennent de manière répétée, parfois plus de cinq fois par an, constituant ainsi un véritable frein à la continuité des activités économiques et à la capacité des entreprises à se concentrer sur l’investissement et le développement.
L’étude montre que les litiges liés aux dettes, au financement et aux contrats figurent parmi les principales difficultés rencontrées par les entreprises formelles. Quant aux entreprises du secteur informel, elles sont davantage confrontées à des problèmes liés à la criminalité, aux litiges contractuels et aux difficultés d’accès au financement.
Mazah a ajouté que l’étude met également en évidence un faible recours des entreprises informelles aux mécanismes de règlement des différends et de protection des droits. Plus de la moitié d’entre elles n’engagent aucune démarche pour résoudre les problèmes juridiques auxquels elles sont confrontées, en raison d’un manque d’information juridique, d’une faible confiance dans l’efficacité des procédures ou encore de ressources financières insuffisantes.
Elle a expliqué qu’une proportion importante de chefs d’entreprise ne dispose pas de connaissances suffisantes sur les lois, les procédures administratives et les recours judiciaires existants, ce qui contribue à aggraver les difficultés rencontrées et à prolonger les conflits.
La responsable a également insisté sur la nécessité de mettre en place des procédures simples et accessibles pour l’enregistrement légal des entreprises, afin de leur permettre d’obtenir une identité juridique officielle et de bénéficier des protections juridiques, sociales et économiques prévues par la loi.
Par ailleurs, l’étude recommande de renforcer la culture juridique des entrepreneurs et d’intensifier les actions de sensibilisation aux mécanismes d’accompagnement et d’assistance disponibles, qu’ils soient assurés par des avocats, des experts-comptables ou des structures administratives spécialisées. Elle préconise également d’accélérer la transformation numérique et le développement des plateformes électroniques afin de simplifier les démarches administratives et de réduire les obstacles bureaucratiques.
Mazah a souligné que l’intégration du secteur informel ne peut reposer uniquement sur des mesures administratives. Elle nécessite également une prise en compte des causes profondes de la vulnérabilité économique et juridique dont souffrent ces entreprises, ainsi que la mise en œuvre de solutions innovantes et adaptées aux spécificités du tissu économique tunisien.
Et de préciser que cette étude constitue une première étape dans une démarche plus large visant à mieux comprendre les besoins des petites et moyennes entreprises tunisiennes. Elle a annoncé que l’Institut travaille actuellement à l’élaboration d’un guide pratique consacré à la prévention et à la résolution des litiges à destination de ces entreprises, dans l’objectif de renforcer leur stabilité, d’améliorer leur potentiel de croissance et de soutenir leur contribution au développement économique du pays.
Écrit par: Meher Kacem
Institut de La Haye pour l'innovation juridique PME TPME