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Retraite : la proposition de loi actuellement à l’ARP ne répond pas aux problématiques profondes liées au système, selon Badr Smaoui

today24/02/2026

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L’expert en systèmes de protection sociale, le professeur Badr Smaoui, a estimé que la proposition de loi relative au relèvement volontaire de l’âge de la retraite, actuellement examinée par l’Assemblée des représentants du peuple, ne répond pas aux problématiques profondes liées au système de retraite dans la fonction publique. Selon lui, cela nécessite un large débat national débouchant sur des solutions durables, plutôt que de se contenter de reporter la crise.

Il a affirmé, au micro d’Expresso, ce mardi 24 février 2026, que le véritable problème des lois actuelles régissant la retraite anticipée ne réside pas dans l’ancienneté des textes, mais dans leur respect et leur application effective. Il a cité l’exemple de la retraite anticipée pour les femmes ayant trois enfants, une disposition adoptée depuis 1982. Dans le secteur privé, environ 200 cas avaient été enregistrés à ses débuts, un chiffre qui est passé à près de 2 100 cas en 2020, alors qu’aucun cas n’a été enregistré dans le secteur public depuis 1985 jusqu’à aujourd’hui.

Smaoui a attribué ce blocage à la condition d’approbation de l’employeur, qui a rendu ce droit légal pratiquement inapplicable dans la fonction publique. Il a précisé que les données actuelles de la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale ne font état d’aucun départ anticipé à la retraite pour cause de maternité dans le secteur public.

Commentant le régime de retraite volontaire, Smaoui a estimé qu’il serait préférable aujourd’hui d’y renoncer, en raison de son caractère fortement subjectif et personnel, même s’il est encadré par ce que l’on appelle un « rapport motivé ». Il s’est interrogé sur l’objectivité de ces rapports, notamment au vu d’expériences passées ayant démontré que de tels mécanismes peuvent être influencés par des considérations personnelles et des relations professionnelles. Il a souligné que la majorité des personnes souhaitant prolonger leur activité au-delà de l’âge légal de la retraite sont des cadres supérieurs, en raison des avantages financiers et matériels dont ils bénéficient, ce qui les incite à poursuivre leur carrière pour conserver ces acquis. À l’inverse, les cadres épuisés par des années de travail ne manifestent pas la même volonté et préfèrent partir à la retraite, même lorsque l’administration leur demande de continuer.

Il a également ajouté que la retraite avant l’âge légal, mesure adoptée en 2022 pour une durée de trois ans puis renouvelée pour la même période, pose la question de la conciliation entre la volonté du fonctionnaire et les besoins de l’administration. Il peut arriver qu’un employé souhaite quitter son poste prématurément alors que l’institution a encore besoin de lui, ou inversement qu’il souhaite rester tandis que l’administration estime qu’il n’est plus indispensable. Il a insisté sur la nécessité d’un mécanisme d’arbitrage clair et transparent tenant compte de l’intérêt général et non uniquement des considérations individuelles, affirmant que l’État doit intégrer cette orientation dans une politique publique globale en matière d’emploi et de gestion des ressources humaines.

Concernant le relèvement de l’âge obligatoire de la retraite, il a expliqué que l’augmentation de deux ans, décidée en 2019, avait permis une amélioration relative des équilibres financiers de la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale en 2019 et 2020. Toutefois, cette amélioration n’a pas été durable. En 2021, le déficit a atteint environ 150 millions de dinars, avant de repartir à la hausse en 2022, en raison du départ à la retraite de la même catégorie de fonctionnaires dont le départ avait été différé de deux ans. Il a considéré que cette mesure n’était qu’une solution conjoncturelle ayant simplement reporté la crise au lieu de la traiter en profondeur.

Et de conclure que la crise des régimes de retraite ne peut être résolue par des mesures partielles ou temporaires, mais nécessite une réforme structurelle fondée sur une vision globale prenant en compte à la fois la justice sociale, l’équilibre financier des caisses, les droits des fonctionnaires et les besoins de l’administration.

Écrit par: Meher Kacem



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