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Habib Zitouna : plus de 30% des travailleurs tunisiens n’ont ni contrat ni couverture sociale

today06/05/2025

Arrière-plan

L’économiste Habib Zitouna est revenu sur le rapport State of the Global Workplace 2025, portant sur l’engagement des travailleurs dans la région Afrique du Nord et Moyen-Orient, qui a classé la Tunisie à la 16ème position, devançant seulement l’Égypte et le Liban. Le pourcentage de travailleurs engagés dans leur emploi en Tunisie ne dépasse pas les 8%.

Zitouna a relevé, au micro d’Expresso, ce mardi 6 avril 2025, un manque d’adaptation aux changements en cours, une faible flexibilité, ainsi qu’un retard dans la transition numérique, l’intégration de l’intelligence artificielle et d’autres domaines. Il a également noté une insatisfaction généralisée à l’échelle mondiale, un stress accru, dont souffrent aussi les Tunisiens.

L’environnement du marché de l’emploi en Tunisie est décrit comme globalement négatif. Le pouvoir d’achat s’est dégradé avec une inflation élevée, affectant directement les salaires et la satisfaction des employés. Le taux de chômage atteint 16 %, soit environ 600 mille chômeurs.

Faiblesse des salaires

Zitouna a estimé que le niveau des salaires est très faible en Tunisie, avec un salaire moyen de 900 dinars par mois dans le secteur privé, légèrement plus dans le secteur public. Ces montants ne permettent pas aux employés de vivre confortablement. Il a également souligné que seulement 30% des femmes de plus de 16 ans travaillent ou cherchent un emploi, ce qui signifie que la majorité des familles vivent avec un seul revenu.

Il a expliqué que la pression exercée sur les coûts et les prix vise à maintenir une certaine compétitivité, mais qu’il est urgent de changer de modèle économique en se tournant vers des secteurs à forte valeur ajoutée. L’économie tunisienne reste figée depuis le milieu des années 2000, faute de réformes suffisantes.

Climat des affaires

Le marché de l’emploi diffère entre le secteur public, le privé, et le secteur informel. Plus de 30% des travailleurs tunisiens n’ont ni contrat ni couverture sociale. Le manque de flexibilité empêche à la fois les entreprises de se développer et les employés d’accéder à de meilleures conditions de travail.

Selon Zitouna, le faible engagement des employés entraînerait une perte de 8 % du PIB. La faiblesse des salaires pousse certains travailleurs à chercher un second emploi, ce qui diminue leur engagement principal.

Il a également critiqué le climat des affaires, peu propice au développement des entreprises, et donc à l’amélioration des salaires et des conditions de travail.

Enfin, il a insisté sur les différences générationnelles, en particulier avec la génération Z, dont les méthodes de travail diffèrent. Le système tunisien n’a pas su s’adapter à ces changements, ce qu’il qualifie d’échec collectif.

Il conclut en soulignant que le cadre légal du travail en Tunisie, basé sur les conventions sectorielles de 1978, est dépassé face aux mutations du marché et à l’émergence de nouveaux métiers.

Écrit par: Meher Kacem



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