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Express Radio Le programme encours
today20/05/2025
Habib Karaouli, directeur de la 26e édition du Forum de l’Économiste Maghrébin, a indiqué que la Tunisie doit lier son destin au continent africain, sans pour autant renoncer au partenariat européen.
Karaouli est revenu, au micro d’Expresso, ce mardi 20 mai 2025, sur le débat relatif à l’évaluation de 30 ans de partenariat avec l’Union européenne et sur la position de la Tunisie dans le monde, soulignant l’existence de divergences de points de vue concernant l’accord en vigueur.
Le forum de l’Économiste Maghrébin réunit des chefs d’entreprises, des décideurs, ainsi qu’une importante présence académique et universitaire aux sensibilités diverses. Certains considèrent que l’accord est globalement positif, tandis que d’autres estiment que ses points négatifs l’emportent, d’où la nécessité d’une évaluation fondée sur des critères précis.
Selon Karaouli, en matière de développement, de performance et de compétitivité du secteur industriel, les évaluations s’accordent à souligner les aspects positifs. Il en va de même pour l’ouverture de la Tunisie à l’international.
S’agissant des aspects négatifs, il estime que de meilleurs résultats auraient pu être obtenus en matière d’emploi et d’attraction des investissements étrangers, notamment dans des secteurs porteurs plutôt que dans des activités traditionnelles.
Et d’ajouter que dans tout accord, il y a des points à améliorer. Il est toujours possible de le faire. On ne peut pas se passer du partenaire européen – surtout compte tenu de la proximité géographique. Il y a eu des tentatives de diversification en délaissant l’Europe pour d’autres marchés, ce qui a entraîné une aggravation du déficit commercial tunisien.
Karaouili a également indiqué qu’il faut consolider l’existant tout en diversifiant, notamment avec le continent africain, qui représente de grandes opportunités pour la Tunisie : « Nous devons lier notre destin à celui de l’Afrique, où il y a un essor technologique et des systèmes de paiement innovants. La Tunisie est avancée dans d’autres domaines et peut servir de modèle pour le continent ».
Il a souligné l’importance de tirer profit des opportunités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), notant que de nombreuses conventions existent en Afrique. Le seul espace sans cadre de coopération structuré reste l’Union du Maghreb arabe, contrairement aux autres régions africaines.
Et de préciser que sur 54 pays africains, plus de 20 enregistrent une croissance de 5 %, y compris des pays non producteurs d’énergies fossiles, et dans de nouveaux secteurs. La Tunisie peut en profiter, sans pour autant renoncer à ses relations avec l’Europe, qui offrent de nombreux avantages à renforcer.
Le forum abordera également la position géopolitique de la Tunisie à l’ère de l’intelligence artificielle (IA), une révolution offrant à la fois opportunités et risques, selon la capacité de l’État à s’y adapter et à se positionner.
Dans ce cadre, Karaouli a affirmé que la Tunisie dispose de nombreux atouts et qu’il faut s’y préparer sérieusement. L’intelligence artificielle a évolué à une vitesse fulgurante. Deux pôles dominent : les États-Unis et la Chine, suivis du reste du monde. L’IA impacte directement toutes les activités économiques, sociales, culturelles et humaines. L’État doit devenir soit producteur, soit utilisateur intelligent et judicieux de l’IA.
S’agissant du cadre législatif, Karaouli a appelé à mettre en place un cadre juridique et réglementaire pour organiser l’intelligence artificielle : « À ce jour, il n’existe aucun centre législatif permettant de stocker les données. Il est essentiel que la Tunisie devienne productrice de données et développe ses capacités en matière de calcul. Il nous faut des experts capables d’anticiper les mutations géopolitiques et technologiques à dix ans. »
Il a insisté sur le fait que ceux qui progresseront sont ceux qui sauront s’adapter à ces mutations. Le cycle d’innovation technologique est désormais réduit à trois mois.
Il a précisé que la puissance de calcul a été multipliée par 100 000 en 20 ans. Il faut donc une grande capacité d’adaptation.
Karaouli a également mis en avant les avantages comparatifs de la Tunisie dans la fabrication de composants automobiles, les grandes opportunités dans l’industrie pharmaceutique, ainsi que l’impact potentiel de l’IA sur les services financiers et de paiement — un domaine dans lequel la Tunisie accuse un retard par rapport à certains pays africains. L’IA pourrait permettre de combler cet écart.
Le forum accueille entre 350 et 400 participants, dont des chefs d’entreprises, des décideurs, des professeurs d’université, des étudiants et des cadres supérieurs. Karaouli a conclu en affirmant :
« Nous voulons être utiles aux décideurs. La Tunisie a besoin de ce type d’initiative pour construire une vision partagée. Un autre objectif est aussi de renforcer les réseaux de relations », a-t-il conclu.
Écrit par: Meher Kacem
Habib Karaouli intelligence artificielle