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Zoubaier Guiga : le bénéfice net des pharmaciens ne dépassant pas 8%, gare aux circuits illégaux des médicaments

today27/05/2025

Arrière-plan

Le Syndicat des pharmaciens d’officine de Tunisie a tenu son assemblée générale ordinaire le samedi 24 mai, en présence de plus de 500 pharmaciens, représentant environ 20 % de la profession, selon Zoubaier Guiga, président du syndicat, intervenu ce mardi dans l’émission « Expresso ».

Guiga a souligné que cette participation est record et traduit un mécontentement général face à la situation actuelle de la profession, précisant que le secteur est véritablement épuisé par la pression fiscale.

Il a évoqué les lourdes conséquences de l’inflation, en précisant que la marge bénéficiaire des pharmaciens est fixée par l’État, contrairement aux autres secteurs. Depuis plusieurs années, la croissance du marché pharmaceutique en Tunisie ne dépasse pas les 5%.

Il a insisté sur le fait que la hausse des coûts et des salaires a mis les pharmaciens en grande difficulté, le bénéfice net ne dépassant pas 8%. Pour 60 à 70% des officines, ce bénéfice est inférieur à 3 000 dinars par mois, soit dix fois moins qu’il y a environ dix ans.

Il a qualifié la profession de « paupérisée », soulignant qu’un pharmacien, même après 10 ans d’exercice, ne peut plus acheter un appartement ou une maison, alors qu’il y parvenait en deux ans auparavant.

De nombreux pharmaciens sont aujourd’hui accablés par les dettes et les crédits bancaires, incapables de rembourser. Beaucoup ont dû rééchelonner leurs dettes.

Et d’ajouter que les officines ne peuvent plus s’acquitter de leurs cotisations sociales, c’est un signal d’alarme, des mesures urgentes sont nécessaires pour sortir de cette crise, précisant que les dettes de la CNAM envers les pharmacies atteignent 200 millions de dinars et remontent à plus de 20 ans.

CNAM

Il a noté que pour certaines officines, 70% de leur chiffre d’affaires provient de la CNAM, soulignant qu’elles ne peuvent plus assurer l’approvisionnement en médicaments dans certaines villes.

Il a appelé la CNAM à respecter ses délais de paiement, indiquant que les officines manquent désormais de liquidités pour acheter les médicaments.

Il a rappelé que la crise a débuté en 2015, avec une dette devenue insupportable. Des solutions durables sont nécessaires pour préserver le secteur et garantir l’approvisionnement des citoyens.

Malgré les nombreuses correspondances adressées, aucune réponse n’a été donnée, a-t-il déploré. Il a exigé la mise en œuvre rapide du procès-verbal de la réunion tenue en présence du ministre des Affaires sociales.

Et d’appeler à appliquer les accords signés. Je ne signerai plus aucun accord sans garanties claires de son exécution.

Numérisation

Guiga a souligné la nécessité d’introduire la numérisation, affirmant que la méthode de travail actuelle est restée inchangée depuis plus de 20 ans.

Concernant les compléments alimentaires, il a demandé un cadre juridique, précisant que le ministre de la Santé avait signé les textes y afférents et les avait transmis à la Présidence du gouvernement, sans qu’ils ne soient encore publiés.

Il a ajouté : « En l’absence de loi, aucune garantie de qualité n’est assurée… Il faut faciliter les contrôles pharmaceutiques. » Tout produit entrant en pharmacie doit suivre un circuit réglementé, a-t-il rappelé.

Il a mis en garde contre l’entrée massive de médicaments par des voies illégales, écoulés sur le marché parallèle, un phénomène jugé très dangereux.

Circuit illégal

Il a insisté sur les dangers des produits cosmétiques dermatologiques, qui peuvent contenir des substances dangereuses et doivent être manipulés par des spécialistes qualifiés.

Il a également alerté sur la vente dans des espaces para de produits non contrôlés par l’État, sans garantie légale.

Il a salué la décision d’interdire l’usage du mot pharmacie en dehors des officines à Sfax, et souhaite généraliser cette mesure sur tout le territoire pour distinguer clairement entre pharmacie et parapharmacie.

Dans un communiqué, le syndicat a rappelé que le secteur croule sous les dettes accumulées de la CNAM et des assurances publiques et privées, en assumant seul, les conséquences des dysfonctionnements, sans vision claire de réforme.

Il a fermement dénoncé les arrestations et convocations sans précédent ayant visé plus de 60 pharmaciens en un mois, estimant que ces pratiques portent atteinte à la dignité des professionnels, créent un climat de peur dans les pharmacies et menacent la continuité des services de santé.

Le syndicat affirme rester ouvert à un dialogue sérieux et responsable, tout en se disant prêt à recourir à tous les moyens légaux et syndicaux pour défendre les pharmaciens, les patients et le système de santé national. « La dignité du pharmacien est une ligne rouge… La sécurité médicamenteuse du citoyen est une responsabilité partagée qui ne peut être repoussée. »

 

Écrit par: Meher Kacem



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