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Express Radio Le programme encours
today02/04/2026
L’expert en systèmes de protection sociale Badr Smaoui a affirmé que les récentes visites du président de la République aux locaux de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et de la Pharmacie centrale, ainsi que la tenue d’un conseil ministériel restreint sur le système de santé, reflètent une conscience officielle accrue de la profondeur de la crise, notamment en ce qui concerne le droit aux soins, un droit constitutionnel irréductible.
Il a précisé, au micro d’Expresso, ce jeudi 2 avril 2026, que le problème ne se limite pas seulement à la pénurie de médicaments, mais concerne un système intégré et complexe, allant des caisses sociales, confrontées à des déséquilibres financiers, à la Pharmacie centrale, qui rencontre des difficultés d’approvisionnement à cause de l’accumulation des dettes, jusqu’aux structures de prestation de soins subissant une pression croissante avec des ressources limitées.
Il a ajouté que la relation entre les différentes composantes du système est devenue une sorte de cercle vicieux, où l’incapacité des caisses sociales à honorer leurs engagements retarde le paiement des créances de la Pharmacie centrale, ce qui affecte directement l’approvisionnement en médicaments, notamment les médicaments vitaux, menaçant la continuité des traitements pour une large part des Tunisiens. Il a souligné que le droit à la santé ne se réduit pas à la simple disponibilité d’institutions médicales, mais inclut également la qualité des services, la facilité d’accès et la capacité à supporter les coûts, ces trois dimensions étant étroitement liées au système de couverture sociale.
Smaoui a rappelé que les locaux de la CNSS représentaient auparavant un modèle réussi de prestation de soins de qualité à coût raisonnable, notamment dans les années 1980 et 1990, contribuant à diminuer la pression sur les hôpitaux publics et à organiser le parcours de soins. Aujourd’hui, ces espaces connaissent un déclin marqué en raison du manque de ressources humaines, en particulier de médecins spécialistes, de l’insuffisance des équipements, et des effets de l’introduction de l’assurance maladie sans réforme complète du secteur public de la santé.
Il a également évoqué le déséquilibre géographique des services de santé, soulignant que les zones intérieures souffrent d’une pénurie sévère d’infrastructures, ce qui fait du renforcement du rôle de ces espaces dans ces régions une option stratégique pour atteindre la justice sanitaire.
Il a appelé à travailler pour atteindre ce qu’il qualifie de souveraineté pharmaceutique, rappelant que la Tunisie, malgré un taux d’autosuffisance d’environ 70 % en médicaments, reste dépendante des importations pour les médicaments vitaux. Les solutions urgentes nécessitent avant tout de fournir une liquidité à la Pharmacie centrale pour l’acquisition des médicaments essentiels, ainsi que d’améliorer la gouvernance, de renforcer la coordination entre les intervenants, et de soutenir l’industrie pharmaceutique locale.
Smaoui appelé à une réforme radicale et globale des caisses sociales, reposant sur la restauration des équilibres financiers tout en préservant les droits fondamentaux, en tête desquels le droit aux soins, soulignant que cette réforme ne peut être réalisée que dans le cadre d’un large dialogue national incluant tous les acteurs concernés, gouvernementaux, syndicaux et professionnels, afin de construire une vision intégrée et durable.
Écrit par: Meher Kacem
couverture sociale sécurité sociale système de santé