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Express Radio Le programme encours
today22/01/2026
L’ancien ministre de l’Emploi et ancien PDG de la CNSS, Hafedh Laâmouri, a affirmé que la poursuite du fonctionnement du système actuel de sécurité sociale constitue un réel danger, indiquant qu’en l’absence d’intervention et de réformes, il n’y aura plus de sécurité sociale dans les trente prochaines années.
Il a expliqué, au micro d’Expresso, ce jeudi 22 janvier 2026, que le déficit du système de sécurité sociale est continu depuis 1993, soulignant la nécessité d’adopter un ensemble de réformes profondes et de long terme, s’étalant sur 20 à 30 ans, afin de stopper l’hémorragie financière et d’engager réellement le processus de réforme.
Il a précisé, dans ce contexte, que le ministère des Affaires sociales a entamé certaines réformes, notant que la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) dispose d’un excédent financier, mais n’a pas pu régler ses engagements en raison d’un manque de liquidités. En revanche, la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale (CNRPS) n’ont pas honoré leurs contributions au profit de la CNAM.
L’expert en droit du travail a ajouté que ces deux caisses souffrent d’un déficit important, en particulier la CNSS, avertissant que l’année 2026 doit impérativement être celle de la réforme structurelle, faute de quoi la situation est appelée à se détériorer davantage. Il a également alerté sur l’absence de réserves pour le paiement des pensions, qualifiant cette situation de « préoccupante » en cas de crise, tout en rappelant que l’État demeure garant des pensions et des prestations sociales, ce qui n’exonère pas de l’urgence des réformes.
S’agissant des solutions possibles pour améliorer la situation de la Caisse de retraite et de prévoyance sociale, Laâmouri a estimé que le recrutement de 300 000 fonctionnaires dans la fonction publique est irréalisable, qualifiant également d’« irréaliste » et d’inapplicable la hausse du taux de cotisation de 23,7 % à 35 %.
Il a souligné que l’augmentation des cotisations est également rejetée dans le contexte économique actuel, notamment dans le secteur privé, où les entreprises sont déjà lourdement pénalisées par les impôts et les charges sociales.
Il a par ailleurs évoqué la proposition de relever l’âge de la retraite dans le secteur privé, estimant qu’elle aurait des répercussions négatives sur un taux de chômage déjà élevé. Il a précisé que, bien que cette mesure soit adoptée dans plusieurs pays, elle ne constitue pas la solution la plus appropriée pour la Tunisie à l’heure actuelle.
L’ancien ministre de l’Emploi a insisté sur la nécessité d’adapter les réformes à la réalité économique du pays, en proposant une série de mesures concrètes.
Dans ce cadre, Laâmouri a appelé à la fusion de la Caisse nationale de sécurité sociale et de la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale au sein d’un fonds unique baptisé « Fonds des pensions », affirmant qu’une telle fusion permettrait de dégager un excédent financier significatif.
Concernant la CNAM, il a insisté sur la nécessité d’engager de véritables réformes, en commençant par la réhabilitation du secteur public de la santé, à travers la modernisation des hôpitaux et la réduction des dépenses de la caisse, étant donné que le coût des soins dans le secteur public est inférieur à celui du secteur privé.
Laâmouri a également proposé la révision de la carte « Labès », par l’intégration de nouvelles données, notamment un plafond maximal des dépenses et l’historique médical du patient, afin de rationaliser les coûts.
Il a aussi plaidé pour la création d’un fonds unique de recouvrement, chargé de collecter l’ensemble des cotisations et de les redistribuer aux différentes caisses sociales, mettant ainsi fin à la problématique des dettes croisées, tout en soulignant la nécessité de renforcer le contrôle et de recruter davantage d’inspecteurs, face à la faiblesse de la culture de la sécurité sociale et à la généralisation de l’évasion des cotisations.
L’ancien ministre a en outre proposé la mise en place d’une Instance nationale de la sécurité sociale, intégrant le Centre d’études et de recherches économiques et sociales, chargée de coordonner les trois caisses sociales et d’assurer un rôle prospectif fondé sur des indicateurs tels que l’emploi, le chômage, les taux de recouvrement, la croissance économique, la démographie et l’évolution des salaires, tout en proposant les réformes nécessaires en cas de dysfonctionnements.
Il a également évoqué le fonds d’assurance contre la perte d’emploi, qui attend toujours la publication du décret d’application permettant son activation, afin d’assurer des allocations de chômage et des programmes de reconversion pour les travailleurs licenciés pour des raisons économiques, ainsi que des pensions de retraite anticipée. Selon lui, cela contribuerait à alléger la charge financière pesant sur la CNSS.
En conclusion, Laâmouri a appelé à la diversification des sources de financement de la sécurité sociale, notamment par l’instauration de contributions parafiscales, l’augmentation des prix des cigarettes et des boissons alcoolisées de luxe, ainsi que la hausse des taxes sur les entreprises polluantes, avec l’affectation de ces ressources au profit des caisses sociales, soulignant que la réforme du système nécessite la mise en œuvre conjointe de ces mesures et non de manière isolée.
Écrit par: Meher Kacem
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