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Hajer Habib : près de la moitié des transferts de la diaspora transitent par des canaux informels

today16/06/2026

Arrière-plan

La docteure Hajer Habib, maître-assistante à l’Université de Carthage et chercheuse spécialisée dans les questions migratoires, a affirmé que la migration ne doit pas être réduite à une simple fuite des cerveaux, mais peut devenir une véritable opportunité de développement lorsqu’elle est intégrée dans des politiques publiques claires et efficaces.

Lauréate du prix du meilleur jeune économiste tunisien 2026, décerné par le Global Institute for Transitions (GI4T), en partenariat avec l’Association des Économistes Tunisiens (ASECTU), Hajer Habib a insisté sur la nécessité de repenser l’approche traditionnelle de la migration des compétences tunisiennes. Selon elle, les talents expatriés constituent un capital humain stratégique dont la Tunisie peut tirer profit en valorisant les compétences et l’expertise acquises à l’étranger, que ce soit à travers leur retour définitif ou via différentes formes de coopération et de transfert de connaissances.

Elle a expliqué, au micro d’Expresso, ce mardi 16 juin 2026, que ses recherches sur la fuite des cerveaux tunisiens après 2011, menées sous l’angle de l’économie politique, l’ont conduite à préconiser un changement de perspective : considérer cette migration non plus comme une perte permanente, mais comme une mobilité temporaire susceptible de contribuer, à terme, au développement économique grâce à la réutilisation des compétences accumulées à l’étranger.

Elle a estimé que la question des compétences tunisiennes établies hors du pays représente un enjeu stratégique majeur. Avec près de 1,8 million de Tunisiens vivant à l’étranger, il devient indispensable de mettre en place des politiques plus efficaces pour valoriser leurs ressources humaines et financières. Elle a rappelé que les transferts de fonds de la diaspora figurent parmi les principales sources de devises pour la Tunisie, atteignant 8,8 milliards de dinars en 2025, selon les données de la Banque centrale de Tunisie, soit entre 5 et 6 % du produit intérieur brut.

Habib a également souligné que ces transferts présentent une stabilité supérieure à celle d’autres secteurs comme le tourisme, souvent exposé aux crises sanitaires ou sécuritaires. Elle a toutefois estimé que les chiffres officiels ne reflètent pas l’ampleur réelle des flux financiers, affirmant que 45 à 85 % des transferts s’effectueraient par des circuits informels, privant ainsi l’économie nationale d’une partie importante de ces ressources. Elle a plaidé pour une réduction des coûts de transfert, qui oscillent actuellement entre 6 et 8 % du montant envoyé en Tunisie, alors que l’objectif fixé par les Nations unies est de ne pas dépasser 3 %.

La chercheuse a également recommandé d’encourager le recours aux canaux officiels et d’orienter une part plus importante de ces fonds vers des investissements productifs plutôt que vers la seule consommation, afin de favoriser la création d’emplois, de réduire le chômage et de soutenir la croissance économique.

Selon elle, le véritable défi consiste aujourd’hui à transformer les ressources financières, humaines et intellectuelles issues de la migration en une valeur ajoutée capable de renforcer la stabilité et le développement de l’économie tunisienne.

Et d’insister sur l’importance de préserver les liens avec les compétences tunisiennes installées à l’étranger et de les considérer comme une ressource stratégique pouvant contribuer de manière décisive à bâtir un avenir économique plus durable pour la Tunisie.

Écrit par: Meher Kacem



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