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Mohsen Gharsi : la pension de retraite de certains ingénieurs est inférieure à 1700 dinars, les salaires des jeunes ingénieurs étant encore plus faibles

today03/06/2025

Arrière-plan

Mohsen Gharsi, fraichement élu à la tête de l’Ordre des ingénieurs tunisiens, a insisté sur la nécessité d’impliquer davantage les jeunes ingénieurs, soulignant que le décret n°12 de l’année 1982 limite leurs possibilités d’accéder aux postes de direction au sein de l’Ordre.

Le Conseil de l’Ordre des Ingénieurs tunisiens a annoncé, dimanche, l’élection de Mohsen Gharsi en tant que nouveau doyen des ingénieurs, en remplacement de l’ingénieur Kamel Sahnoun, à l’issue de la 14e session du Conseil qui s’est tenue samedi et dimanche dans un hôtel à Hammamet. Gharsi devient ainsi le premier doyen élu issu du secteur privé, représentant la catégorie des ingénieurs entrepreneurs.

Il a précisé, au micro d’Expresso, ce mardi 3 juin 2025, que plus de 100 mille ingénieurs sont inscrits au registre de l’Ordre, et que la cour d’appel exige une mise à jour de cette liste tous les trois mois. Conformément à la loi actuelle, 90 ingénieurs sont sélectionnés en tant que « grands électeurs », qui élisent la moitié des 20 membres du Conseil — le bureau exécutif de l’Ordre. Ce bureau est renouvelé par moitié tous les trois ans.

Gharsi a déploré que ce système empêche les jeunes ingénieurs d’accéder aux responsabilités dirigeantes, ajoutant que 40 % des ingénieurs tunisiens ont entre 28 et 37 ans, et qu’il est temps qu’ils prennent la direction de leur profession et de leur Ordre.

Par ailleurs, il a affirmé que 40 mille ingénieurs ont quitté le pays au cours des dix dernières années, notant que la majorité des ingénieurs formés en informatique partent à l’étranger, ne laissant que 5 % d’entre eux en Tunisie.

« Plus de 95 % des ingénieurs en informatique quittent la Tunisie, souvent avec un contrat de travail dès leurs études », a-t-il déclaré. Il a également mentionné que trois étudiants ingénieurs, âgés de 24 ans, ont récemment remporté des prix en robotique aux Pays-Bas, et qu’eux aussi envisagent d’émigrer.

Une situation financière difficile

Le doyen a relevé les plaintes des ingénieurs quant à leur « situation financière difficile », due notamment à l’absence de mise à jour des professions d’ingénierie, alors que de nouvelles spécialités apparaissent chaque année.

Il a précisé que les salaires varient entre le secteur public et le privé, avec parfois de hauts revenus dans certains domaines, tout en notant les avancées réalisées à l’étranger grâce aux compétences tunisiennes.

Il a révélé que certains ingénieurs partent à la retraite avec une pension inférieure à 1 700 dinars, les salaires des jeunes ingénieurs étant encore plus faibles. Actuellement, 18 mille ingénieurs travaillent dans la fonction publique ou le secteur public, occupant souvent des postes sensibles.

Cette précarité aurait des répercussions psychologiques, a-t-il averti, appelant la cheffe du gouvernement à prendre en considération la situation des ingénieurs, à revenir sur l’accord de février 2021 et à approuver les conventions existantes.

Il a souligné l’importance de mettre en place un statut de l’ingénieur définissant clairement les droits et devoirs de chacun. Il a également déploré le fait que certains ingénieurs se retrouvent en prison suite à des erreurs techniques complexes, rappelant l’existence d’un conseil de discipline au sein de l’Ordre, considéré comme une instance judiciaire de premier degré. Il a insisté sur le fait que les affaires devraient passer d’abord par les structures de l’Ordre avant d’atteindre la justice ordinaire, tout en respectant l’indépendance de celle-ci.

Formation des ingénieurs

Gharsi a également évoqué la détérioration continue des conditions des ingénieurs, soulignant que “le départ de 40 000 ingénieurs est une lourde perte pour l’État, équivalente à des prêts que la Tunisie offre à d’autres pays”.

Chaque année, 8 500 ingénieurs sont inscrits à l’Ordre. Pour exercer, il est obligatoire d’avoir un diplôme reconnu et une inscription officielle, faute de quoi cela constitue une usurpation de titre.

Il a aussi mentionné un projet de loi organique en attente dans les tiroirs du gouvernement. Si rien ne bouge, un groupe parlementaire sera formé pour soumettre la loi à l’Assemblée des Représentants du Peuple.

Concernant la formation, il a plaidé pour une harmonisation entre les systèmes français et anglais, rappelant que la formation des ingénieurs obéit à des standards internationaux. De nombreuses écoles d’ingénieurs privées existent aux côtés des écoles nationales.

Selon lui, les étudiants devraient pouvoir choisir entre le secteur privé et le public dans des conditions équitables. Il a signalé un sérieux problème d’accès aux écoles d’ingénieurs et revendiqué une égalité des droits et devoirs pour tous les étudiants.

Enfin, il a indiqué qu’un bureau national permanent a été créé pour traiter les questions liées à l’intelligence artificielle, avec un focus particulier confié à la délégation régionale de Tataouine.

Le mandat du doyen s’étend sur trois ans, renouvelable une seule fois, pour une durée maximale de six ans.

Écrit par: Meher Kacem



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