play_arrow
Express Radio Le programme encours
L’expert en systèmes de protection sociale, Badr Smaoui, a mis en garde contre les dangers de la poursuite du recours aux anciennes conceptions dans la gestion des caisses sociales.
Il a estimé, au micro de Midi Express, ce mardi 13 janvier 2026, que la crise actBadr Smaouiuelle que traverse la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) n’est pas conjoncturelle, mais résulte d’accumulations structurelles étalées sur plusieurs années, principalement liées à l’aggravation du déficit financier des autres caisses sociales, en particulier de la Caisse nationale de sécurité sociale.
Il a expliqué que le dossier de l’assurance maladie concerne directement près de 12 millions de Tunisiens, ce qui explique l’ampleur de l’intérêt populaire et officiel qu’il suscite, notamment après l’échec du renouvellement de la convention entre la Caisse nationale d’assurance maladie et les prestataires de soins du secteur privé, une situation inédite depuis l’entrée en vigueur du régime d’assurance maladie en 2006.
Smaoui a indiqué que la loi régissant l’assurance maladie, promulguée en 2004, prévoit explicitement l’organisation de la relation entre la caisse et les prestataires de services à travers des conventions-cadres et sectorielles. Il a considéré que l’absence de ces conventions pose un problème juridique évident, en plus de ses répercussions sociales directes, notamment pour les citoyens qui se retrouvent contraints de supporter le coût des soins et des médicaments sans garanties de remboursement.
Et d’ajouter que cette situation a porté atteinte au principe d’égalité d’accès aux soins, l’un des piliers fondamentaux sur lesquels repose le régime d’assurance maladie, soulignant que la dégradation de la qualité des services de santé constitue aujourd’hui l’un des indicateurs les plus préoccupants de la profondeur de la crise.
Par ailleurs, il a précisé que la relation entre les caisses sociales est organique, l’adhésion au régime d’assurance maladie intervenant automatiquement avec l’affiliation à la Caisse nationale de sécurité sociale ou à la caisse de retraite. Il a indiqué que la Caisse nationale d’assurance maladie compte actuellement environ 7,3 millions de bénéficiaires, dont près de 3,5 millions de cotisants, en plus des membres de leurs familles.
L’invité de Midi Express a expliqué que le modèle de financement adopté depuis la mise en place du régime d’assurance maladie reposait sur le transfert des cotisations via les caisses sociales. Toutefois, l’aggravation du déficit de ces caisses, notamment depuis 2015, a conduit à donner la priorité au paiement des pensions au détriment du transfert des ressources destinées à l’assurance maladie, ce qui a eu un impact négatif sur les équilibres financiers de la Caisse nationale d’assurance maladie.
Et de souligner que la situation financière actuelle de la Caisse nationale d’assurance maladie ne peut être dissociée du déficit structurel de la Caisse nationale de sécurité sociale. Il a rappelé que les amendements juridiques de 2017 ont permis à l’État de transférer directement les cotisations des entreprises publiques à la CNAM, ce qui a contribué, dans une certaine mesure, à améliorer sa situation, alors que la Caisse nationale de sécurité sociale est restée incapable d’assurer ses transferts en raison du coût élevé des pensions.
Il a estimé que ce dysfonctionnement du financement soulève une question fondamentale quant à l’efficacité du modèle actuel et à la possibilité de continuer à faire supporter à la Caisse nationale d’assurance maladie les conséquences du déficit d’autres caisses. Il a affirmé que la véritable solution passe par l’élargissement de l’assiette des cotisations sociales, à travers la relance de l’investissement et la stimulation de l’emploi, ainsi que par la révision des politiques économiques y afférentes.
Smaoui a conclu en soulignant que la réforme des caisses sociales n’est plus un choix, mais une nécessité nationale, qui requiert une nouvelle vision fondée sur une gouvernance saine et un financement équitable et durable, afin de garantir la pérennité du système de protection sociale et la protection du droit à la santé et à la couverture sociale pour tous les citoyens.
Écrit par: Meher Kacem
Badr Smaoui caisses sociales CNAM