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Express Radio Le programme encours
today18/03/2026
L’économiste Ridha Chkoundali a indiqué que le détroit d’Ormuz est devenu le principal foyer de tensions stratégiques dans le conflit en cours au Moyen-Orient, estimant que les développements récents traduisent un passage progressif d’un affrontement militaire direct à une véritable guerre économique aux répercussions mondiales.
Il a précisé, au micro d’Expresso, ce mercredi 18 mars 2026, que la situation actuelle se caractérise par trois évolutions majeures : le ciblage par les États-Unis de l’île iranienne de Kharg, l’appel du président Donald Trump à la formation d’une coalition internationale pour sécuriser la navigation dans le détroit d’Ormuz, ainsi que la menace d’une opération militaire sur cette île afin de faire pression sur Iran et garantir la libre circulation des navires.
Selon lui, Washington cherche avant tout à maintenir le détroit ouvert afin d’éviter des perturbations majeures sur le marché mondial de l’énergie, qui impacteraient aussi bien les revenus de ses alliés du Golfe que l’économie américaine. Il estime que les États-Unis privilégient une intervention militaire rapide et limitée, tout en exerçant une pression économique indirecte sur leurs rivaux internationaux, notamment Chine, en perturbant ses approvisionnements énergétiques.
En face, Téhéran miserait sur une stratégie d’usure visant à prolonger le conflit et à en augmenter le coût économique pour ses adversaires, ce qui pourrait pousser les pays du Golfe à réclamer une désescalade, voire à remettre en question la présence militaire américaine dans la région.
L’économiste a également souligné que les frappes sur l’île de Kharg n’ont pas ciblé les infrastructures pétrolières, ce qui a limité leur impact sur les prix du pétrole, avec une hausse modérée d’environ 3 dollars. Il a rappelé que près de 90 % des exportations pétrolières iraniennes transitent par cette île, ce qui en fait un point névralgique dans l’équilibre des forces.
Il a averti que l’absence de contrôle clair sur cette zone pourrait inciter l’Iran à renforcer son emprise sur le détroit d’Ormuz, avec des conséquences potentiellement graves sur les approvisionnements mondiaux et les prix du pétrole. À l’inverse, une prise de contrôle totale par les États-Unis pourrait entraîner une escalade plus large, notamment en cas d’implication d’autres puissances comme la Chine.
Chkoundali a mis en garde contre le scénario d’une extension du conflit, qu’il considère comme le plus dangereux, estimant que l’avenir des équilibres géopolitiques dépendra largement de l’issue de cette confrontation autour de ce passage stratégique.
Sur le plan économique, il a indiqué que les prix du pétrole ont récemment fluctué entre 101 et 103 dollars le baril, influencés par les tensions dans le détroit d’Ormuz et les déclarations politiques, notamment celles du président américain, qui orientent les marchés entre apaisement et escalade.
Il a ajouté que la maîtrise du détroit d’Ormuz constitue un enjeu stratégique majeur tant pour les États-Unis que pour l’Iran, susceptible de redessiner les rapports de force à l’échelle régionale et internationale.
Concernant la Tunisie, l’économiste a alerté sur les conséquences d’une hausse durable des prix du pétrole. Si le baril de Brent se maintient autour de 103 dollars, contre une hypothèse budgétaire fixée à 63,3 dollars pour 2026, l’écart avoisine les 40 dollars par baril.
Une telle situation pourrait engendrer un coût supplémentaire estimé à environ 6,4 milliards de dinars, soit l’équivalent des dépenses de développement prévues.
Il a précisé que les effets ne se limiteraient pas aux finances publiques, mais toucheraient également plusieurs secteurs, notamment la baisse des transferts des Tunisiens à l’étranger en raison de l’inflation dans les pays d’accueil, ainsi que le recul des recettes touristiques lié à la baisse du pouvoir d’achat des visiteurs européens.
Par ailleurs, un durcissement des politiques monétaires en Europe et aux États-Unis pourrait entraîner une hausse des taux d’intérêt, augmentant ainsi le coût du service de la dette extérieure tunisienne.
Face à ces défis, l’État tunisien serait contraint de faire des choix difficiles : recourir à un financement accru auprès de la banque centrale, réviser ses priorités budgétaires, reporter certains projets, limiter les recrutements publics ou encore ajuster les prix des carburants et les subventions.
Il a également mis en garde contre des pressions inflationnistes supplémentaires, susceptibles de pousser la Banque centrale à relever son taux directeur, avec des conséquences sur la croissance, le déficit commercial et les réserves en devises.
Et d’estimer que le scénario le plus favorable pour la Tunisie reste un retour rapide à la stabilité dans la région, à travers des solutions diplomatiques. Il a appelé, dans ce cadre, à la mise en place d’une cellule d’urgence économique regroupant des experts, afin de proposer des mesures immédiates pouvant être intégrées dans une loi de finances complémentaire pour atténuer les risques.
Écrit par: Meher Kacem
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