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Express Radio Le programme encours
today08/06/2026
L’analyste financier Zied Ayoub a alerté sur les conséquences économiques potentiellement graves que pourrait subir la Tunisie en cas d’aggravation des tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Selon lui, les scénarios actuellement envisagés imposent une réaction anticipative afin de protéger l’économie nationale contre des chocs externes qui pourraient être sans précédent.
Il a indiqué, au micro d’Expresso, ce lundi 8 juin 2026, que certaines estimations internationales évoquent désormais la possibilité d’une hausse du prix du pétrole à des niveaux compris entre 150 et 200 dollars le baril, dans un contexte marqué par la persistance de l’instabilité régionale.
L’analyste a rappelé que la Tunisie figure parmi les pays qui seraient directement affectés par une telle envolée des prix. Il a souligné que chaque augmentation d’un dollar du prix du baril entraîne une charge supplémentaire estimée à 164 millions de dinars pour les finances publiques.
Ayoub a ajouté que la hausse du pétrole, passé récemment d’un niveau compris entre 64 et 66 dollars à environ 93 dollars le baril, a déjà généré un coût additionnel d’environ 5 milliards de dinars pour les finances de l’État. Selon lui, un baril à 200 dollars pourrait provoquer une sortie supplémentaire de devises estimée entre 15 et 20 milliards de dinars, accentuant ainsi la pression sur les réserves en devises et sur la capacité du pays à financer ses importations essentielles.
Il a précisé que les réserves tunisiennes en devises sont actuellement estimées à 25 milliards de dinars. Dans ce contexte, l’augmentation de la facture énergétique, conjuguée à la hausse des prix des céréales et d’autres produits de base, risquerait d’aggraver les difficultés de financement extérieur et d’alimenter davantage l’inflation importée.
Concernant l’agriculture, Ayoub a révélé que la production céréalière tunisienne pourrait atteindre 20 millions de quintaux cette saison, alors que les capacités actuelles de stockage ne dépassent pas 9 à 10 millions de quintaux. Il a ainsi plaidé pour un renforcement rapide des infrastructures de stockage afin d’éviter la perte d’une partie de la récolte nationale.
Il a notamment proposé le recours à des solutions de stockage rapides et peu coûteuses, telles que les sacs spécialisés pour céréales, dont le coût varie entre 5 et 6 dinars l’unité, ainsi que la construction de nouveaux silos. Selon lui, ces investissements restent modestes au regard des pertes potentielles liées à un stockage insuffisant.
L’analyste a estimé que le coût de création d’une capacité de stockage supplémentaire pourrait atteindre environ 100 euros par tonne, un montant qu’il juge largement inférieur au coût économique d’une perte de production ou d’une hausse des prix à l’importation.
Par ailleurs, Ayoub a recommandé le recours à des mécanismes de couverture via des contrats financiers permettant de fixer les prix du pétrole sur des périodes déterminées. Il a expliqué que le coût de ces instruments se situe généralement entre 3 % et 5 % de la valeur des contrats, mais demeure nettement inférieur aux risques financiers liés à une flambée des cours.
Il a également attiré l’attention sur le poids du service de la dette publique, indiquant que la Tunisie verse chaque année près de 7 milliards de dinars au titre des intérêts de la dette. Selon lui, une révision du cadre juridique du financement de l’État pourrait progressivement réduire cette charge à 3 à 5 milliards de dinars, voire à 1 milliard de dinars par an à long terme.
Et d’appeler adopter une véritable économie de gestion de crise, fondée sur le renforcement des stocks stratégiques d’énergie et de céréales, la rationalisation des importations et une meilleure orientation des réserves en devises vers le financement des produits de première nécessité et des intrants de production.
Il a enfin averti que l’absence de mesures préventives rapides pourrait exposer l’économie tunisienne à des scénarios beaucoup plus difficiles, appelant les autorités à profiter de la période actuelle pour prendre des décisions anticipatives face aux incertitudes économiques et géopolitiques mondiales.
Écrit par: Meher Kacem
Agriculture dette publique pétrole