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Hausse du pétrole : un risque de surcoût de 3,7 milliards de dinars pour le budget de la Tunisie

today09/03/2026

Arrière-plan

L’analyste financier Moez Hadidane a mis en garde contre une éventuelle prolongation de la hausse des prix du pétrole sur les marchés mondiaux, suite au conflit entre les États-Unis et l’Iran.

Il a estimé, au micro d’Expresso, ce lundi 9 mars 2026, que la flambée des cours du brut pourrait peser lourdement sur les finances publiques, l’inflation et l’équilibre extérieur de la Tunisie.

A l’ouverture des marchés asiatiques, lundi 9 mars, le baril de brent, référence mondiale, a franchi le plafond des 100 dollars pour la première fois depuis 2022, s’établissant à 111 dollars.

Un budget construit sur des hypothèses de prix inférieures

Selon l’analyste, la loi de finances 2026 a été élaborée sur la base d’un prix de référence du baril nettement inférieur aux niveaux actuellement observés sur les marchés internationaux (63,3 dollars).

Dans ce contexte, chaque augmentation d’un dollar du prix du baril entraîne un surcoût estimé à environ 164 millions de dinars pour le budget de l’État.

Les scénarios possibles

Moez Hadidane évoque deux scénarios susceptibles de se matérialiser au cours de l’année :

Scénario 1 : baril autour de 80 dollars

Si les prix se stabilisent à ce niveau jusqu’à la fin de l’année, la moyenne annuelle atteindrait environ 78 dollars, soit 14,7 dollars de plus que l’hypothèse retenue dans la loi de finances.

L’impact budgétaire serait alors d’environ 2,4 milliards de dinars supplémentaires, portant la facture globale de la compensation énergétique à près de 8,4 milliards de dinars, soit une hausse d’environ 25 % par rapport aux prévisions initiales.

Scénario 2 : baril autour de 90 dollars

Dans ce cas, jugé plus probable par l’analyste, le prix moyen annuel atteindrait environ 86 dollars, soit 22,9 dollars au-dessus du prix de référence budgétaire.

Le surcoût pour les finances publiques pourrait alors atteindre près de 3,7 milliards de dinars, soit plus de 50 % d’augmentation par rapport au budget initial dédié à la compensation énergétique.

Un choix difficile pour l’État

Face à cette situation, l’État tunisien pourrait être contraint d’arbitrer entre deux options :

  1. Absorber la hausse en augmentant les dépenses de compensation énergétique, ce qui creuserait le déficit budgétaire et les besoins de financement.
  2. Réactiver le mécanisme d’ajustement automatique des prix des carburants, qui permet de répercuter partiellement la hausse des cours internationaux sur les prix à la pompe.

Ce mécanisme n’a toutefois plus été appliqué depuis novembre 2020, rappelle l’analyste. Sa réactivation pourrait entraîner une hausse pouvant atteindre 30 % des prix des carburants, avec des répercussions directes sur les ménages et les entreprises.

Pressions inflationnistes et facture énergétique en hausse

Une telle évolution risquerait également d’alimenter les tensions inflationnistes, dans un pays fortement dépendant des importations énergétiques.

La facture énergétique, estimée à environ 13 milliards de dinars en 2025, pourrait ainsi atteindre près de 17 milliards de dinars si les prix internationaux poursuivent leur hausse.

Des marges de manœuvre limitées

Selon Moez Hadidane, la Tunisie dispose généralement de réserves stratégiques de pétrole couvrant entre 45 et 60 jours de consommation, ce qui pourrait permettre d’amortir temporairement un choc d’approvisionnement.

Cependant, si la crise internationale devait se prolonger au-delà de cette période, ses effets sur l’économie nationale deviendraient difficilement évitables.

Risques sur le commerce extérieur et la notation souveraine

Au-delà des effets directs, l’analyste évoque également des répercussions indirectes. Un ralentissement économique en Europe — principal partenaire commercial de la Tunisie — pourrait entraîner une baisse de la demande pour les exportations tunisiennes, alors que près de la moitié du commerce extérieur du pays est orientée vers ce marché.

Une telle évolution pourrait aggraver le déficit commercial, réduire les réserves en devises et accentuer la pression sur le dinar.

Enfin, Moez Hadidane a souligné que les agences de notation ont déjà alerté sur la vulnérabilité de l’économie tunisienne face aux chocs externes. Une hausse durable des prix de l’énergie combinée à une crise internationale prolongée pourrait ainsi fragiliser davantage les équilibres financiers du pays et peser sur la notation souveraine de la Tunisie.

Écrit par: Meher Kacem



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