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Express Radio Le programme encours
today14/03/2025
L’agence de notation Moody’s a révisé ses perspectives pour le système bancaire tunisien, de négatives à stables et a réhaussé la notation de dépôt à long terme de quatre banques tunisiennes de Caa2 à Caa1.
Dans ce cadre, l’analyste financier Bassem Ennaifer a indiqué, au micro d’Expresso, ce vendredi 14 mars 2025, que l’agence de notation a dressé un tableau global du secteur bancaire tunisien. En effet, les prêts accordés par le secteur bancaire à l’État, sous forme de bons du Trésor ou d’emprunts obligataires nationaux, représentaient, à la fin de 2023, 60 % des fonds propres du secteur bancaire.
À la fin du mois d’août 2024, ce ratio a reculé à 57 % des fonds propres, ce qui contribue à l’amélioration de la notation des banques.
Dans une déclaration à l’émission Expresso, Nifer a souligné que, outre les bons du Trésor, les emprunts obligataires nationaux et les prêts en devises étrangères consentis par les banques à l’État, ainsi que les prêts accordés aux entreprises publiques et garantis par l’État, la valeur des créances représentait 1,3 fois les fonds propres du secteur bancaire. Ce chiffre reste élevé et n’a pratiquement pas évolué depuis décembre 2023.
Il a expliqué que cette forte corrélation entre les banques et la dette publique justifie le lien entre la notation des banques et celle de l’État tunisien. Pour les agences de notation, une amélioration de la note souveraine entraîne automatiquement une amélioration de la notation des entreprises, et inversement, une dégradation de la note de l’État se répercute de la même manière sur celle des entreprises.
S’agissant des financements à court terme accordés par la Banque centrale au secteur bancaire, ils sont passés de 14 milliards de dinars à la fin de 2023 à 12,8 milliards de dinars en août 2024. Cette amélioration s’explique par un ralentissement de la croissance des crédits, une augmentation des dépôts en raison des taux d’intérêt élevés et du niveau d’inflation, ainsi qu’une légère amélioration de la situation économique, bien que le taux de croissance reste faible.
Tous ces facteurs ont conduit l’agence Moody’s à relever la notation de quatre banques tunisiennes. Toutefois, de manière générale, l’économie tunisienne demeure exposée à des risques élevés.
L’analyste a précisé que, compte tenu de son activité principalement nationale et de l’absence d’exposition à des risques externes, le secteur bancaire tunisien affiche des perspectives positives en termes de rentabilité et de continuité d’activité. Cependant, le climat économique général présente des risques élevés, et la note Caa1 attribuée reste faible, avec l’espoir d’une amélioration dans les années à venir.
Il a ajouté que la hausse des taux d’intérêt profite aux bénéfices du secteur bancaire, mais entraîne également une fiscalité plus lourde, avec une imposition accrue sur les bénéfices. De plus, la restructuration des prêts à des taux réduits aura un impact évident sur la rentabilité du secteur bancaire.
Il a également précisé que le rendement des portefeuilles d’investissement restera élevé, permettant au secteur bancaire de réaliser d’importants bénéfices grâce aux placements financiers, même en cas de baisse des taux d’intérêt. Par ailleurs, certaines mesures de réduction sur les opérations de change n’ont pas été renouvelées, ce qui renforce la stabilité du secteur.
Nifer a conclu en affirmant que « les banques ne sont pas confrontées à des difficultés majeures et peuvent continuer à améliorer leur rentabilité. Il est néanmoins essentiel qu’elles s’adaptent au nouveau cadre législatif ».
Il a souligné que, bien qu’il n’existe pas de risques majeurs pour la notation du secteur bancaire, celui-ci doit optimiser sa rentabilité dans le cadre des nouvelles réglementations fiscales et législatives. Les résultats de cette adaptation se manifesteront durant le premier semestre de 2025.
Enfin, il a rappelé que le secteur bancaire est l’un des principaux contributeurs à l’impôt sur les sociétés et qu’il joue un rôle essentiel dans la dynamique économique nationale. Il est donc crucial d’assurer la pérennité du secteur tout en garantissant à l’État ses recettes fiscales, tout en maintenant le financement des entreprises. Une crise bancaire compromettrait la croissance économique, car une baisse de la rentabilité des banques et un durcissement des conditions d’octroi de crédit auraient des conséquences négatives.
L’agence de notation Moody’s a révisé ses perspectives pour le système bancaire tunisien, de négatives à stables.
« Ces perspectives reposent sur la capacité démontrée du gouvernement à honorer ses engagements relatifs au remboursement de la dette et sur la réduction du risque d’incident de crédit souverain », a expliqué l’agence dans une note publiée récemment.
Toutefois, Moody’s a estimé que « la faible croissance économique, les importants déséquilibres budgétaires et extérieurs, les tensions financières relativement fortes et la forte exposition des banques à la dette souveraine continueront de limiter l’amélioration de la solvabilité et de la liquidité au cours des 12 à 18 prochains mois ».
Moody’s a réhaussé la notation de dépôt à long terme de quatre banques tunisiennes de Caa2 à Caa1.
Il s’agit de l’Amen Bank, de la Banque de Tunisie (BT), de la Banque internationale arabe de Tunisie (BIAT) et de la Société Tunisienne de Banque (STB).
Moody’s a également a ajusté les notations des risques de contrepartie à long terme pour la Banque de Tunisie et la BIAT de Caa1 à B3. La STB est, quant à elle, passée de Caa2 à Caa1.
Il a également été décidé d’améliorer les notations de crédit de base de la BT et de la BIAT de Caa2 à Caa1.
Par ailleurs, Fitch Ratings a indiqué que la rentabilité des banques tunisiennes fait face à des pressions accrues en raison de nouvelles réglementations sur les prêts, qui permettent aux emprunteurs de bénéficier de réductions de taux d’intérêt sur certains crédits à taux fixe et obligent les banques à accorder des prêts sans intérêt dans des proportions prescrites.
En outre, le taux d’imposition des bénéfices bancaires a été relevé à 40% à compter du 1er janvier 2024 (contre 35% auparavant), et des plafonds ont été imposés sur certaines commissions et frais bancaires, ce qui pèsera également sur la rentabilité. Cependant, Fitch ne s’attend pas à ce que ces évolutions aient un impact sur les notations des banques.
Une nouvelle réglementation, introduite l’année dernière, permet aux emprunteurs dont les paiements d’intérêts à taux fixe entre janvier 2022 et septembre 2024 ont dépassé 8% du capital restant dû à fin septembre 2024, de demander aux banques de réduire de moitié leur taux d’intérêt pour la durée restante du prêt. Les banques sont tenues d’accepter toutes ces demandes. Fitch estime que cette mesure affaiblira le bénéfice net des dix plus grandes banques tunisiennes d’environ 170 millions de dinars tunisiens (TND) en 2025, soit 11 % de leur bénéfice net annualisé au premier semestre 2024. Toutefois, l’impact comptable pourra être réparti sur plusieurs années, atténuant ainsi son effet.
Une autre réglementation, qui devrait être introduite prochainement, obligera les banques à accorder des prêts sans intérêt représentant 8 % de leur revenu net de 2024 aux micro, petites et moyennes entreprises. Fitch estime que cette mesure entraînera une perte de revenus d’environ 50 millions de dinars en 2025 pour les dix plus grandes banques, soit 3 % de leur bénéfice net annualisé du premier semestre 2024.
Ces deux nouvelles réglementations visent à atténuer l’impact d’une loi entrée en vigueur en février 2025, interdisant les paiements échelonnés via des chèques antidatés. Cette pratique, courante en Tunisie, permet aux consommateurs et aux petites entreprises d’effectuer des paiements en plusieurs fois. L’interdiction de cette méthode risque donc de perturber la gestion des flux de trésorerie pour ces emprunteurs.
Fitch prévoit que ces nouvelles réglementations réduiront d’environ 14 % le bénéfice net des dix principales banques tunisiennes en 2025. Bien que cet impact ne soit pas suffisant pour affecter leurs notations, il accentuera la pression sur une rentabilité déjà modeste par rapport aux standards des marchés émergents. Le rendement moyen des capitaux propres du secteur bancaire tunisien était de 10 % entre 2022 et les neuf premiers mois de 2024, un niveau jugé modeste compte tenu de la forte inflation en Tunisie (moyenne de 8 % sur la même période) et des risques élevés auxquels sont confrontées les banques tunisiennes. Fitch attribue un score d’environnement opérationnel de ‘ccc+’ aux banques tunisiennes.
La rentabilité du secteur bancaire a été contrainte par la faible croissance des prêts depuis 2022, un plafonnement des taux d’intérêt sur tous les prêts en place depuis longtemps, l’augmentation des dépenses d’exploitation et le durcissement des politiques de provisionnement de la Banque centrale de Tunisie (BCT). En janvier 2025, la BCT a encore renforcé la méthodologie de calcul des provisions générales, obligeant les banques à provisionner un montant supplémentaire de 100 millions de dinars tunisiens (TND). Cela pèsera sur la rentabilité à court terme, mais améliorera la position des banques en vue de la mise en œuvre des normes IFRS 9, prévue pour 2026.
La croissance du crédit n’a été que de 2 % sur les neuf premiers mois de 2024 (9M24), mais les profils de crédit des banques sont restés résilients face à un environnement d’exploitation difficile. Les conditions de liquidité sont restées adéquates malgré la volatilité du contexte économique, les banques disposant de suffisamment de liquidités pour répondre aux besoins croissants de financement de l’État. Les ratios de capital – y compris le ratio Tier 1 du secteur (11,7 % fin T3 2024) et le ratio d’adéquation des fonds propres (14,5 %) – sont restés stables.
En janvier 2025, la BCT a publié une circulaire limitant la distribution des dividendes des banques à 35 % du revenu net de 2024 et autorisant leur distribution uniquement si les banques disposent de marges de sécurité d’au moins 2,5 points de pourcentage au-dessus des exigences réglementaires minimales pour le ratio Tier 1 et le ratio d’adéquation des fonds propres à fin 2024. Les efforts visant à encourager les banques à préserver leur capital sont positifs pour la qualité du crédit et contribueront à amortir l’impact des nouvelles règles de prêt sur le capital.
Écrit par: Meher Kacem
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